Dieu, si tu existes, merci.

Dieu, si tu existes, merci.

Par Safa Chaibi

j’ai fait un cauchemar hier. J’ai rêvé que j’étais à nouveau avec toi, que j’étais de retour dans « notre » maison qui avait toujours été uniquement la tienne. Dans mon rêve, elle était plus grande et beaucoup plus sombre. En me réveillant, j’avais cette sensation de panique, d’étouffement que j’avais quand tu étais à mes côtés.

Cela fait deux ans pourtant, deux ans depuis que je suis partie sans me retourner, que je t’ai tout laissé, même mes vêtements. Je n’ai pris qu’un sac avec quelques affaires. Tu venais de sortir après une énième dispute. Tu avais beaucoup crié, dit des choses très méchantes puis tu étais parti en claquant la porte.

Cette dispute n’était pas différente des autres, ni pire. C’était juste celle de trop. Ma décision a été prise alors que tu étais encore là à m’insulter et à me traiter de moins que rien. Une de tes flèches empoisonnées préférées était « tu n’es pas une femme ».  Je te regardais. Les mots m’atteignaient en plein cœur. Je n’avais jamais réussi à devenir indifférente à ces humiliations.  Comme toujours, tu t’énervais encore plus tout seul. Tu n’avais pas besoin de ma participation. Tu faisais les questions et les réponses. A un moment, je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas comment, une voix dans ma tête a dit « pars ». Et tout mon être a soufflé « oui ».

Dès que tu es sorti, je me suis précipitée pour ramasser quelques affaires que j’ai mis à la va-vite dans un sac. J’ai quitté la maison sans un seul regard. Je tremblais de tous mes membres. Mon cœur battait comme un fou. J’étais terrifiée à l’idée que tu puisses revenir entre temps et que tu m’obliges à rentrer.

Sur le chemin vers chez mes parents, je surveillais la route sans cesse, m’attendant à te voir surgir à chaque instant pour me ramener de force. Je n’ai soufflé qu’une fois la porte de la maison paternelle refermée derrière moi. Cela a pris des mois pour que j’arrête de trembler en entendant quelqu’un parler fort ou en entendant une voiture se garer devant.

Bien sûr tu m’as harcelée, menacée, fait du chantage. Bien sûr je te trouvais partout où j’allais et tu me faisais des scandales. Bien sûr j’ai eu la peur au ventre pendant des mois. Mais le divorce a fini par être prononcé. J’ai fini par être libre. Aujourd’hui encore, deux ans plus tard, me réveiller dans une maison où tu n’es pas et réaliser que ce n’était qu’un cauchemar est un vrai bonheur.

Dieu, si tu existes, merci. Merci d’avoir fini par répondre aux milliers de prières que je faisais la nuit en pleurant la tête dans l’oreiller. Merci de m’avoir sortie de là. Je revis.

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