Mon fils est en prison

Mon fils est en prison

Meriem a perdu son mari très jeune. Elle est prof de français. Elle a élevé toute seule ses deux garçons. ça n’a pas été facile mais elle est si fière d’eux. Ils ont fait de bonnes études, ont décroché leurs diplômes.  L’aîné a très vite trouvé un travail mais pas le cadet. A 23 ans, il traînait la plupart du temps dans la rue avec ses potes. Un jour, dans le quartier, ils ont appris qu’une voisine était partie rendre visite à son fils en Allemagne. La maison était vide. Après quelques bières, les jeunes ont décidé de faire un casse. Ils ont cassé une fenêtre et ont volé les quelques bijoux qu’il y avait. Au moment de partager, Aziz reçoit une montre. Il publie une annonce sur le net pour la vendre, quelques jours plus tard. Quelqu’un le contacte pour l’acheter. Ils prennent rendez-vous. C’est un flic. La montre est identifiée. Aziz se fait arrêter.

Cela fait 9 mois et Aziz n’a toujours pas été jugé. On lui a dit que c’est parce que certains auteurs du même casse n’avaient pas encore été arrêtés. La vie de Meriem est rythmée par les deux visites hebdomadaires à la prison, une fois pour voir son fils et l’autre pour remettre le couffin avec les repas. L’attente est très longue. Elle fait la queue pendant des heures à l’extérieur, qu’il vente, pleuve ou qu’il fasse un soleil de plomb, pour pouvoir passer quelques minutes avec Aziz.

Ses questions sont toujours les mêmes « est-ce que tu manges bien? », « est-ce qu’on te maltraite? », « est-ce que tu vas bien? » auxquelles Aziz répond invariablement, oui, non, oui. Meriem le trouve amaigri mais il a l’air en bonne santé. En quittant la prison, elle pleure à chaque fois à chaudes larmes. Elle se sent responsable. Elle est convaincue de ne pas avoir été à la hauteur parce que son fils a « mal tourné ». Elle croit que c’est sa faute parce qu’elle n’a pas du savoir l’élever. Elle nous dit que chaque fois qu’elle rentre chez elle après ces visites, elle se sent déchirée d’avoir du le laisser la bas, de repartir sans lui, qu’elle voudrait qu’on lui rende son fils, qu’on lui donne une autre chance et que cette fois elle en prendra mieux soin, elle lui expliquera mieux les choses. Elle a peur qu’en côtoyant des criminels, il change et s’endurcisse. Elle dit que 9 mois c’est beaucoup pour une montre et une fenêtre cassée et elle ne sait toujours pas quand Aziz sera jugé.

Elle pleure en nous disant au revoir: « Je veux juste qu’il rentre à la maison. »

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